Le changement d'échelle
Chercher les conditions du "passage à l’échelle"* des projets de transition
Que proposons-nous comme Commun sur cette question ?
Notre travail de recherche-action consacré aux conditions du changement d’échelle des projets de transition écologique et sociale sur les territoires a conduit à produire une cartographie des possibles. C’est-à-dire un ensemble de points de repère qui indique ce que pourrait être une transformation en profondeur.
Elle a été développée en priorité pour des porteurs d’innovation territoriale, des chercheurs dans le champ des transitions, des concepteurs de dispositifs d’accompagnement, des facilitateurs de transformation et des acteurs engagés dans le changement systémique.
Son objectif n’est pas de fournir un guide méthodologique, ni un référentiel de bonnes pratiques. Elle propose plutôt une base de questionnement pour la mise en dialogue multi-acteurs, à partir de laquelle pourront être conçus, testés et adaptés des dispositifs d’accompagnement innovants.
Cette approche d’accompagnement est en cours d’expérimentation sur plusieurs projets.
Une question de départ
De nombreux projets de transition écologique et sociale, ancrés dans les territoires, sont bien conçus, portés par des personnes engagées et produisent déjà des effets positifs. Pourtant, beaucoup peinent à changer réellement d’échelle, et restent enfermés dans le champ de contraintes qu’ils ambitionnaient de transformer.
Notre recherche est née d’une question simple : Qu’est-ce qui permettrait à un projet centré sur les transitions de franchir un seuil, de durer, de se transmettre, pour transformer plus profondément les manières d’être et d’agir sur le territoire ?
Pour répondre à cette question, la démarche n’est pas partie d’un modèle théorique à appliquer. Elle s’est construite progressivement à partir de l’analyse croisée d’expériences de terrain, des modèles existants, et des documents de référence sur les transitions.
Le travail a d’abord consisté à repérer des leviers concrets de transformation : ce qui, dans l’action, aide un projet à coopérer, se relier à son territoire, traverser ses tensions, apprendre, et se transmettre.
Mais au fil de la recherche, un constat s’est imposé : le passage à l’échelle ne dépend pas seulement de bons outils, de méthodes efficaces ou de moyens supplémentaires. Il dépend aussi, plus profondément, de la manière dont un collectif regarde et habite ce qu’il fait.
Changer d’attention pour changer d’échelle
Un projet profondément transformateur ne se contente pas de faire plus ou de faire mieux. Il agit souvent depuis une autre manière de comprendre le collectif, le territoire, le pouvoir, le temps, le conflit, l’incertitude, l’apprentissage et la transmission.
C’est pourquoi la cartographie produite distingue notamment des régimes d’attention et des régimes de fonctionnement.
Un régime d’attention désigne ce qu’un collectif regarde en priorité dans ses relations, sa relation au vivant, la circulation du pouvoir, la maturation collective, l’incertitude, les effets sur le temps long.
Un régime de fonctionnement désigne la manière dont cette attention se traduit concrètement : dans les pratiques, le degré de coopération, les formes de gouvernance, les règles qui orientent l’action, et les façons d’apprendre ensemble.
La cartographie identifie également des appuis vivants : des conditions concrètes qui aident ces transformations à émerger et à tenir dans la durée. Il peut s’agir d’espaces de dialogue, de pratiques d’apprentissage, de modes de financement, de dispositifs de gouvernance, ou de formes de soutien aux personnes engagées.
Une base pour concevoir des accompagnements
Cette cartographie ne dit pas ce qu’il faut faire. Elle aide à poser les bonnes questions pour discerner :
- Depuis quel mode de fonctionnement agissons-nous aujourd’hui ?
- A quelles priorités émergentes portons-nous attention ?
- Quels appuis manquent pour aller dans cette direction ?
- Quelles tensions faut-il apprendre à traverser ?
- Quelles actions justes résultent de cette prise de recul ?
Elle propose une manière de rendre visibles des dynamiques souvent implicites. Les anciens et les nouveaux modes de fonctionnement peuvent cohabiter, se contredire, entrer en tension. Ces tensions ne sont pas forcément des échecs : elles peuvent signaler qu’un vrai déplacement est en cours.
Un Commun en évolution
Cette « cartographie des possibles » est proposée comme un commun de la connaissance. Il s’agit d’une ressource appelée à être discutée et enrichie au sein de la communauté du CAT, en expérimentant son application à travers divers dispositifs d’accompagnement adaptés aux situations réelles.
Sa vocation est d’aider les acteurs de la transition à concevoir des démarches plus profondes, plus situées et plus attentives aux conditions vivantes du changement d’échelle.
L’onglet suivant propose une présentation synthétique de l’architecture du Commun, afin de donner un aperçu de ce qu’il permet.
La cartographie des possibles
*Passage à l’échelle : Transformation par laquelle une initiative innovante dépasse son contexte initial pour modifier durablement les pratiques, règles, relations et représentations à plus large échelle.
*Changement d’échelle : Bascule dans les manières d’être, de percevoir et de fonctionner qui amène d’étape en étape vers le passage à l’échelle
*Transition / Transformation : Termes valises utilisés couramment dans des sens variables qui portent à débat. Nous nous intéressons dans cette recherche au mouvement qui fait sortir les innovations de leur marginalité et les amène à transformer durablement les comportements systémiques dominants.
*Changement d’échelle : Bascule dans les manières d’être, de percevoir et de fonctionner qui amène d’étape en étape vers le passage à l’échelle
*Transition / Transformation : Termes valises utilisés couramment dans des sens variables qui portent à débat. Nous nous intéressons dans cette recherche au mouvement qui fait sortir les innovations de leur marginalité et les amène à transformer durablement les comportements systémiques dominants.